La presse va mal, c'est un fait. D'une part à cause du transfert d'une partie du marché publicitaire vers des médias plus interactifs dont bien entendu Internet. Mais aussi, et surtout, du fait de la baisse du nombre de lecteurs et de leur volonté de ne pas payer pour une information objective, analysée et de qualité. « Pourquoi payer pour une information de qualité, quand je peux avoir une non-information gratuitement » ??? Bonne question que peu de gens osent se poser.
Plutôt que de mettre le lecteur/consommateur clairement devant ses responsabilités, cette
nouvelle règlementation dite de la « Charité Presse » [ndla :
appellation non officielle que je viens d'imaginer], permettra à une association, Presse et Pluralisme, créée pour l'occasion par les syndicats professionnels de la presse (SPQN, SPQR, SPQD... et leurs amis), de collecter des « dons » d'entreprises et de particuliers qui bénéficieront des déductions fiscales au nom du mécénat culturel.
A mon avis, c'est une grosse erreur qui n'améliorera en rien la situation de la presse en France, et ce pour deux raisons :
- elle conforte le lecteur dans l'idée que l'information est et doit rester gratuite, qu'elle soit analysée et mise en perspective ou simple reprise de dépêches d'agences. Puisqu'il donne, raison de plus pour qu'il ne paye pas... Rappelez-vous le sketch de Chevallier et Laspales... « hier j'ai donné, aujourd'hui ils n'ont encore pas trouvé ».
- elle assimile le financement de la presse à un geste caritatif, au même titre que le soutien d'une ONG humanitaire, la recherche contre les maladies ou les Restos du Coeur... Comment la presse peut-elle avoir de la considération pour elle-même et travailler à l'amélioration de son contenu si elle est perçue comme une indigente, dont la survie dépend du bon vouloir des populations, et d'une exonération fiscale ?
La solution ? Mais elle existe ! Elle est même très simple : Achetez un journal !
Et oui, à chaque fois que vous passez devant un kiosque, que vous manipulez un coupon d'abonnement, que vous surfez gratuitement sur un site web... pensez à ce geste tout simple : payez un ou quelques euros pour financer l'information ou le divertissement que vous consommez.
Et croyez-moi, rien ne fera plus plaisir à un journaliste ou un directeur de publication, que de voir son travail rémunéré par ses lecteurs. Aucun d'eux n'a envie demain de devoir faire la queue devant chez « Presse et Pluralisme » pour quémander les subsides qui lui permettront d'envoyer à l'imprimeur le prochain numéro !
Si demain, ou après-demain, la presse va mieux, ce sera grâce à vous, lecteurs !