Au début du XXe siècle, la fée électricité est apparue. La collectivité française a alors dépensé l’équivalent de 762 milliards d’euros pour que de Bernay à la Goulafrière, chacun puisse appuyer sur l’interrupteur et bénéficier de cette nouvelle technologie. C’est l’investissement réalisé en France en quelques années. Grâce à la mission confiée à notre sénateur Hervé Maurey, Bernay est devenu le centre du développement numérique des campagnes françaises. Espoir déçu car son rapport nous demande d’attendre encore quinze ans.
Aujourd’hui nous ne sommes pas tous égaux face à l’Internet. Alors que les grandes villes bénéficient d’un débit allant jusqu’à 16 millions de caractères par seconde, les villages et les habitations isolées se contentent parfois de 32 fois moins. Un peu comme si le facteur passait une fois par jour en ville et une fois par mois à la campagne ! Le toléreriez-vous ? Des solutions techniques ont été développées pour tenter de désenclaver les campagnes car certains n’ont même pas accès à l’ADSL, cette technologie de base indispensable à la consultation d’Internet aujourd’hui. Il s’agit du satellite et du Wimax (qui permet de se connecter sans fil) mais aucune n’est suffisamment fiable et surtout correctement déployée.
Pour apporter à l’ensemble des foyers français cette connexion Internet à très haut débit, il suffirait aujourd’hui de 45 milliards d’euros (à titre de comparaison du coût du porte-avion Charles de Gaulle est estimé à près de 8 milliards d’euros). Mais le désengagement de l’Etat de ces grands projets d’infrastructure publique, qu’il confie peu à peu au secteur privé, ne permet pas d’espérer cet investissement. On préfère confier ce déploiement à de multiples opérateurs qui ne recherchent pas l’économie d’échelle, au nom de la sacro-sainte concurrence dictée par l’Europe. Un peu comme si chaque commune décidait de la largeur des rails du chemin de fer qui la dessert, et installait elle-même ses voies.
A Bernay où la densité de population permet une meilleure rentabilité, le très haut débit est pour demain. A La Goulafrière, il mettra peut-être quinze ou vingt ans à arriver. C’est ce que l’on appelle la « fracture numérique », elle est sociale, personnelle et citoyenne car de plus en plus de services publics sont accessibles uniquement par Internet. Une fracture également économique car aujourd’hui une entreprise a besoin de communiquer. Hier elle ne s’installait pas dans un village sans téléphone et sans facteur. Aujourd’hui une entreprise ne s’installe pas dans un village sans accès Internet à très haut débit. L’impact sur les ressources financières locales et surtout sur l’emploi sont énormes. Nos élus disent le comprendre, mais ne font rien pour corriger concrètement la situation.
D’autres pays ont placé le développement numérique au cœur de leur politique de développement du territoire : la Norvège avec 66 % de foyers connectés en très haut débit, la Suède (44 %)… alors que la France affiche un taux de 4,1 % (Chiffres Idate 2009). Sur ce plan la France est clairement un pays sous-développé !
La France empile de son côté les rapports et les commissions, pour aboutir à des solutions étalées sur quinze ans ! Quinze années pendant lesquelles nous auront peut-être changé trois fois de Président et donc de politique, et pendant lesquelles les technologies vont continuer à évoluer. Alors peut-être que nos campagnes auront accès dans quinze ans à cette technologie moderne en 2010, mais elle sera sans doute alors dépassée.
C’est d’un véritable Plan Marshall du numérique dont nos territoires ont besoin afin de ne pas devenir de simples villages dortoirs animés par les seules réunions de clubs d’anciens combattants et de concours de coinchée. L’emploi, l’activité économique, le commerce local, la vie tout simplement, passent par le développement de cette électricité du XXIe siècle que représente le numérique. Ceux qui le comprennent, les élus des grandes villes, ne sont pas concernés car déjà servis ; ceux qui n’y portent pas attention, les élus des petites communes les plus concernées, n’ont pas de mandat national qui leur permet de porter leur message. Et ce n’est pas un Président qui se vante de ne pas utiliser lui-même un ordinateur qui donnera l’impulsion inverse.
Désolé cher lecteur si je n’ai pas de solution miracle à apporter en conclusion de cette tribune ; je ne peux aujourd’hui que tenter de sensibiliser citoyens et élus car l’enjeu est générationnel, mais il est majeur !