Le groupe Adidas, fabricant d’équipements de sports aurait en effet décidé de fermer plusieurs usines de fabrication en Chine afin d’en transférer la production dans des pays dont le coût salarial est inférieur. C’est dans une
interview à l’hebdomadaire économique allemand
Wirtschaftswoche que Herbert HAINER, Président de Adidas a dévoilé ses intentions.
Le salaire mensuel moyen en Chine serait aujourd’hui de 110 euros, propulsé par l’inflation qui serait de 8% rien que sur les six premiers mois de l’année 2008. Le salarié chinois ne serait donc plus compétitif !
A titre de comparaison, en faisant fabriquer dans des pays comme l’Inde, le Cambodge ou le Vietnam, le salaire moyen d’un ouvrier y serait de l’ordre de 30 à 35 euros.
Même certains pays européens de l’Est se trouveraient plus compétitifs que la Chine avec des salariés moyens de l’ordre de 100 euros mensuels. Et les économies de coût de transport combinés à la réduction des délais redonnerait de l’intérêt à ces pays de l’Est et à certains pays de l’ex-URSS.
On ne peut bien entendu que s’insurger contre la direction d’une entreprise à la recherche permanent d’une telle optimisation salariale... mais c’est son rôle; elle procéderait autrement, ses actionnaires le lui reprocheraient avec raison.
Mais on peut aussi prendre un peu de recul et ré-apprendre à cette occasion que la roue tourne et que l’on est toujours “le chinois de quelqu’un d’autre”. Il y a quelques années les pays d’Afrique du Nord s’élevaient contre la “délocalisation en Chine”. Dans le textile en particulier, après avoir remplacé les usines françaises, les tunisiens se plaignaient de la “déferlante chinoise”, vivant à leur tour ce qu’ils avaient fait vivre aux usines européennes.
Les chinois, sourire aux lèvres, accueillaient les bras ouverts les commandes du monde entier, devenant ainsi l’usine du monde.
Ils pourraient à leur tour faire grise mine dans les prochaines années, fiers de leur développement, mais soucieux de voir une partie de leur travail partir vers d’autres pays moins développés. Ont-ils suffisamment anticipé ce phénomène ? Ont-ils su de simples exécutants devenir des inventeurs (en dehors du domaine des gadgets électroniques et de la contrefaçon) et sauront-ils alors créer leurs propres leaders ? Rien n’est moins sur.
D’autant que le facteur réactivité/transport prend de l’importance. Alors qu’il faut que plusieurs mois s’écoulent entre une commande et sa livraison en Europe, la même commande passée auprès d’une usine dans les pays de l’Est sera exécutée plus rapidement, sera plus facile à contrôler du point de vue qualité, et sera livrée en quelques jours... L’explosion durable des prix du pétrole et les considérations écologiques auxquelles consommateurs et marques sont de plus en plus sensibilisés, pourraient saper un peu plus le développement des incontournables usines chinoises. Qui s’en plaindrait !
Appliqué à d’autres secteurs, des pays comme le Maroc et ses centaines de centres d’appels bas de gamme devraient également anticiper ce phénomène. Une fois passée la barrière de la langue, de nombreux autres localisations pourraient à leur tour se présenter sur le marché de la “conversation commerciale en français”. S’ils faisaient quelques efforts, je connais bien des pays d’Afrique de l’Ouest qui pourraient réellement devenir des pays développés en s’intéressant de près à ce marché. Si quelques dirigeants de ces pays souhaitent en discuter...