Au programme de ce vendredi, une conférence à l'occasion du Congrès National des Greffiers, qui se tient à Ajaccio. Je devais succéder à Madame Rachida DATI, Garde des Sceaux dont la visite en Corse ce jeudi d'ailleurs été quelque peu mouvementée.
Commençons notre soirée par un embarquement au Hall 4 de Orly Ouest, ce 27 septembre sur le vol AF4504 arrivée prévue vers 22h15, vol Air France, c'est important pour la suite. Embarquement sans problème, avion complet, environ 173 passagers (avec ou sans le Préfet je ne sais pas, vous comprendrez pourquoi ci-dessous). Vol sans problème, on nous annonce quelques turbulences bien légères, mais on a vraiment vu pire. Arrivée dans les temps au dessus de l'aéroport d'Ajaccio, descente rapide, on frôle la piste, puis le pilote remet les gaz, atterrissage manqué. Ca arrive, ne nous inquiétons pas. Mais quelques minutes après, le pilote nous apprend que la météo est finalement trop mauvaise à Ajaccio et qu'il va tourner quelques minutes pour voir si cela s'améliore. Dix minutes plus tard, on nous apprend que l'avion est renvoyé vers son aéroport de déroutement, Bastia. Le vol est annoncé pour 15' tant la distance est courte. Manifestement le pilote a du mal à trouver le chemin et après deux passages au-dessus de l'aéroport, il atterrit finalement vers 23h30 à Bastia. Pour finalement s'immobiliser sans pour autant ouvrir les portes. En effet, on apprend alors que le pilote aimerait finalement redécoller et peut-être revenir à Ajaccio si la météo le permet. Solution préférable car on apprend en même temps que rien n'est prévu à cette heure tardive pour nous accueillir à Bastia ou prendre le relais par un autre moyen de locomotion.
Mais finalement ce redécollage ne semble pas possible et le débarquement commence. Un débarquement initié d'ailleurs discrètement par Monsieur Christian LEYRIT, Préfet de Corse qui revient d'un voyage éclair à Paris, et quitte discrètement l'appareil avant tout le monde. Sans doute les moyens de l'Etat lui permettent-il de trouver facilement une solution pour rejoindre la capitale de l'ile… toujours est-il qu'il plante littéralement ses administrés, les laissant passer leur nuit dans l'aérogare. Il n'est d'ailleurs pas le seul puisque le pilote et tout l'équipage s'éclipse également par une porte dérobée pour rejoindre leurs chambres d'hôtel qui leur ont été miraculeusement attribuées à la dernière minute.
Précision d'ailleurs importante, on assiste ici à une belle cascade de sous-traitance qui rime avec absence de responsabilisation de la chaîne complète des acteurs. Ce vol Air France est assuré par la compagnie CCM, qui a affrété un appareil et l'équipage auprès de la compagnie XL Airways spécialisée dans les destinations paradisiaques. Compagnie XL Airways dont on apprendra par la suite dans la nuit que le pilote étranger ne connaissait sans doute pas l'aéroport d'Ajaccio et ses contraintes particulières.
Donc nous voilà près de 200 personnes campant au milieu du hall de l'aéroport de Bastia, qui se prétend aéroport international et aéroport de déroutement. Et qui se révèle incapable de trouver des cars pour relier Bastia à Ajaccio, met plus de trois heures à trouver quelques chambres d'hôtel pour héberger les familles avec enfants, est incapable de proposer café, boissons, sandwich ou quoique ce soit d'autre que de l'eau pendant toute une nuit, ne met bien entendu à disposition que trois couvertures pour 173 passagers et ne parlons pas de matelas qui semblent faciles à installer en cas de catastrophe naturelle mais pas d'incompétence d'une cascade de compagnies d'aviation.
Il est donc 3h07 et je vous livre ainsi, à vous qui le lirez sans doute demain, mon carnet de bord d'une nuit de galère dans un aéroport international de ce pays moderne que l'on appelle la France. Un pays où un pilote mal préparé, en bout de chaine d'une cascade de sous-traitance, met 173 passagers (je ne sais toujours pas si le Préfet était dans le chiffre ou pas).
Concernant la gestion de la crise et la relation client proposée par Air France, nous sommes comme d'habitude en dessous de tout ! Des personnels locaux sans instructions de leur hiérarchie, sympathiques, mais dépassés par les événements. Un peu comme dans le syndrome de Stockholm, les personnels locaux passent d'ailleurs rapidement du côté des passagers, maudissant leur direction et conseillant à chacun de « faire un courrier ».
Pour un aéroport de déroutement, normalement organisé pour justement accueillir les situations de crise, rien n'est prévu. Quant à la communication, ou plutôt à la non-communication, il faut attendre l'énervement de certains passagers pour que le chef d'escale consente à sortir de son bocal pour délivrer après une heure de suspense quelques bribes d'information.
Comme d'habitude, l'information n'a pas circulé. L'avion aurait pu ne pas décoller de Paris si la météo d'Ajaccio était annoncée comme exécrable. L'avion aurait pu être dérouté sur Marseille (2ème aéroport de déroutement) si l'indisponibilité de moyens de transports terrestres avait pu être signalée. L'aéroport aurait pu être prévu une heure avant l'arrivée de l'appareil de la situation de crise naissante et prendre les dispositions d'urgence. Mais chacun a bien entendu de bonnes raisons pour expliquer cette défaillance de la chaîne de décision et de l'absence de réponse aux attentes des clients. Mais rassurons-nous, pendant ce temps là, Monsieur le Préfet de Corse dort à poings fermés !